Elle prend son vélo garé à droite de l’escalier, attaché avec deux antivols, endosse le sac, charge une glacière souple sur le porte-bagages, ouvre la lourde porte d’entrée, la maintient ouverte avec sa jambe, se glisse par l’entrebâillement dans un mouvement circulaire et enfin, atteint le trottoir.
La ville, un feu rouge, pied à terre. temps perdu. Plus loin, en quelques coups de pédales, elle s’aligne de nouveau au feu à côté d’un autre livreur à la tenue voyante presque semblable à la sienne, sac sur le dos, tête courbée, dos ployé, cou rentrant dans les épaules. Elle ressent physiquement la fatigue de cet autre, juste à côté d’elle alors que lacérée de courbatures, épuisée par des nuits trop courtes elle sent son courage fléchir. Lui aussi la regarde brièvement: « Ça marche pour toi, tu t’en sors ? » Elle hoche négativement la tête. « Chez nous, c’est de pire en pire, on est tous remontés, les shifts sont de plus en plus rares et plus en plus mal payés. » « Chez Livre vite aussi, c’est dur », dit-elle.
Auteure d’albums pour enfants et de plusieurs recueils de nouvelles, Mathilde Françoise R. raconte dans « La jeune femme qui livre vite », avec un style journalistique et imagé, les histoires de ceux et celles qui travaillent dans les services de livraison et qui rencontrent chaque jour toute une galerie de personnages « ordinaires ».
Comme une chronique sociale ancrée dans notre époque, elle livre une fresque touchante et inspirante.









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